L'EMDR : quand bouger ses yeux est guérisseur

Si vous n'avez jamais entendu parler de la méthode EMDR, sachez que ces quatre lettres correspondent à Eye Movement Desensitization and Reprocessing ou, en français, désensibilisation et retraitement par les mouvements oculaires. Développée par une psychologue américaine dans les années 80, l'EMDR a pour but de soulager les traumatismes, physiques ou psychologiques, des patients. Nous vous proposons de découvrir, dans les lignes qui suivent, cette méthode basée sur les mouvements des yeux.

L'EMDR : de l'hypothèse à la mise en place du protocole de guérison

Une mauvaise nouvelle à l'origine de l'EMDR

Une psychologue américaine, Francine Shapiro, est à l'origine de la méthode EMDR. En 1987, on lui annonce brutalement qu'elle est atteinte d'un cancer. Alors que cette nouvelle déclenche en elle un sentiment dépressif, elle se rend sur les bords d'un lac. Là, elle suit les mouvements que font les oiseaux en volant. Elle se rend alors compte que cela l'apaise. À ce moment précis, elle se pose la question suivante : et si les mouvements de ses yeux suivant le vol des oiseaux, avaient une influence sur les pensées et détenaient notamment le pouvoir d'atténuer les émotions négatives ? Elle va alors demander le concours de 80 bénévoles pour valider son hypothèse. Elle leur fait suivre les déplacements de son doigt en créant différents mouvements oculaires.

Le retour positif des différentes personnes soumises à l'expérience va amener Francine Shapiro à intégrer l'EMDR dans sa thèse doctorale en psychologue comportementale. Elle va ensuite confirmer ses observations en suivant des vétérans du Vietnam au sein du Mental Research Institute de Palo Alto (Californie, États-Unis). Elle y exerce alors en tant que psychologue. Elle publie ses résultats en avril 1989 dans un ouvrage intitulé Efficacy of the eye movement desensitization procedure in the treatment of traumatic memories (en français : Efficacité de la procédure de désensibilisation aux mouvements oculaires dans le traitement des souvenirs traumatiques). À la suite de cela, Francine Shapiro se consacre à la promotion de l'EMDR, jusqu'à son décès en 2019. La méthode fait son apparition en France en 2004 par le biais du livre "Guérir" de David Servan-Schreiber.

Eye Movement Desensitization and Reprocessing

Une thérapie basée sur le mouvement oculaire

Le premier constat de l'EMDR est que parler d'un traumatisme ne suffit pas pour s'en libérer. De plus, il est difficile pour la personne qui a subi celui-ci de l'évoquer et de le décrire en détail. La méthode a donc pour but de proposer un environnement sécurisant pour aider le patient. Dans celui-ci, la verbalisation est notamment complétée par un registre émotionnel. Le concept TAI (pour Traitement Adaptatif de l'Information), créé par Francine Shapiro, part du principe que chaque personne intègre les informations (cognitives, par exemple) de toute nouvelle expérience à celles accumulées au cours du passé. En conséquence, tant que les émotions issues de traumatismes n'ont pas été correctement gérées, elles reviennent régulièrement et interfèrent avec la vie du patient. Lorsque ce dernier revient sur l'événement traumatique, il est invité à réaliser des mouvements oculaires. Ceux-ci vont agir sur les émotions non gérées en les apaisant : c'est le principe de l'EMDR.

Un protocole parfaitement réglé

Le protocole de l'EMDR repose sur un protocole en 8 étapes :

  1. Le diagnostic qui vérifie que l'EMDR est bien adaptée au patient et qu'il est notamment capable de revenir sur l'événement traumatisant dont il sera question lors des séances.
  2. La préparation : le thérapeute explique la méthode au patient et s'assure, notamment, que celui-ci est capable de se relaxer.
  3. L'identification du ou des événements traumatisants à traiter.
  4. La désensibilisation au cours de laquelle le patient se concentre sur l'image de l'événement traumatisant tout en suivant des yeux le doigt du thérapeute.
  5. L'ancrage : le thérapeute demande à son patient d'évaluer ce qui reste de l'impact émotionnel du souvenir traumatisant. Si celui-ci reste élevé, les mouvements oculaires sont repris.
  6. Le body-scan (ou "bilan corporel") : le patient est invité à prendre conscience de ses sensations physiques qui peuvent éventuellement donner lieu à de nouveaux mouvements oculaires.
  7. La conclusion de la séance : le thérapeute s'assure, entre autres, de la capacité de son patient à accueillir sereinement, après la séance, le retour éventuel des émotions négatives liées au traumatisme vécu.
  8. La réévaluation : point de départ de toute nouvelle séance, elle permet d'établir où se situe le patient par rapport à son objectif et d'adapter le traitement en conséquence.

Que soigne l'EMDR ?

Les états de stress post-traumatique

La première indication de la méthode EMDR consistait à intervenir sur les troubles de stress post-traumatique ou TSPT. Ceux-ci apparaissent lorsqu'une personne a vécu un événement particulièrement traumatisant et que des images et des émotions liées à celui-ci reviennent régulièrement et de façon perturbatrice dans le quotidien. Ce type de trouble se développe lorsque la personne a ressenti, à la fois, un stress intense et un sentiment d'impuissance au moment de l'événement. Dans ce cas, le cerveau se révèle incapable de organiser les différentes informations reçues pour en faire un tout cohérent et acceptable. Ainsi, n'importe quelle situation, même insignifiante du quotidien, est susceptible de raviver le traumatisme si le cerveau le met en lien, d'une façon ou d'une autre, avec l'événement en question. L'EMDR permet de retraiter les souvenirs perturbants à l'origine de la demande thérapeutique et de désamorcer les émotions négatives qui troublent la vie du patient.

E.M.D.R

Les addictions

Lorsqu'on parle d'addictions, on pense souvent en premier lieu aux drogues, comme le cannabis ou la cocaïne. Cependant, les dépendances les plus répandues sont liées à l'alcool et au tabac. Il en existe d'autres, tout aussi dangereuses, mais dont on parle moins, comme celles qui concernent les jeux d'argent ou les achats compulsifs. La période la plus propice à la mise en place d'une dépendance se situerait entre 15 et 25 ans, période où l'adolescent ou le jeune adulte cherchent à expérimenter différentes situations. Concernant le traitement des addictions, L'EMDR agit à différents niveaux. Tout d'abord, la phase de désensibilisation du protocole désactive les situations qui déclenchent la sensation de manque. Ensuite, le thérapeute aide le patient à mettre en place des outils qui vont lui permettre de résister à la tentation de replonger dans son addiction. Enfin, le traitement va aussi rechercher quelles sont les origines de la dépendance, notamment dans l'identification de traumatismes passés ou de problèmes familiaux, par exemple.

Les douleurs chroniques

Il semblerait que l'EMDR puisse soulager les patients souffrant de douleurs chroniques, comme c'est le cas, par exemple, pour ceux atteints de fibromyalgie. Une étude menée auprès de 38 patients et publiée en août 2010(1) montre une amélioration significative après douze séances d'EMDR, réalisées de façon hebdomadaire. Les participants constatent notamment une réduction des douleurs, ainsi qu'une diminution de l'anxiété, voire de l'état dépressif qui est lié. Si ce type de traitement semble prometteur, il reste encore beaucoup d'inconnues sur sa réelle efficacité concernant le soulagement de la douleur chronique, quelle que soit son origine. La première piste à étudier est alors celle où la pathologie prend racine dans un événement traumatique passé sur lequel l'EMDR permettrait d'agir de façon positive.

L'EMDR étant une thérapie relativement récente, son champ d'investigation demeure largement ouvert. Si elle s'est longtemps focalisée sur le traitement des états de stress post-traumatiques, le résultat d'études récentes semble indiquer que cette méthode de soin pourrait apporter des solutions efficaces à d'autres troubles comme ceux touchant le comportement alimentaire, par exemple. Pour en avoir la certitude, il faudra cependant attendre que de nouvelles recherches confirment ces hypothèses.

Les conseils donnés dans cet article ne se substituent, en aucun cas, à un diagnostic posé par un médecin ou par tout autre professionnel de santé, ni à un traitement médical.

Source : (1) Journal of EMDR Practice and Research : L'EMDR dans le traitement de la douleur chronique. Publié en août 2010.